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J'aime le peu, le rien, le peu de rien.

J'aime les grammes de silence, les kilos de solitude,
les tonnes de vide entre les branches, les habits délavés,
les chaussettes trouées, les pulls effilochés.

Avec le rien je rempli chaque jour mon cahier de belles lignes blanches.
Je m'applique à ne pas le froisser, ne pas le blesser,
le laisser vide, preuve de ma grande liberté.

J'aime le peu de vitesse, le lent, un ou deux kilos de mètres à l'heure,
pas plus.

Le temps de prendre son temps, l'emporter avec soi et aller se promener.
Avec ce temps qui est devenu mien, marcher, tout simplement.

Le peu de rien suffit, de l'eau, du pain, deux pommes de terre, un oeuf,
trois fois rien.
J'aime le peu de manger.
Sans se presser, déguster.

Une recette : sur sa langue poser un petit morceau de chocolat, le laisser là,
attendre l'humide, et offrir aux papilles ce mélange de salive et de cacao.
Avec ce peu, laisser fondre lentement, puis avec sa langue,
tapisser de marron son palais et ses dents.
Avaler, sans se presser.
Le bonheur du chocolat, du peu de chocolat.

Autre bonheur : à la faim, choisir délicatement deux ou trois pommes de terres.
Les faire cuire quelques minutes dans l'eau bouillante.
Égoutter.
Les placer dans une assiette tiède.
Les peler et les découper en morceaux, puis minutieusement,
laisser choir une, deux, trois petites noix de beurre.
Saupoudrer de gros sel.
Patienter deux ou trois minutes puis se délecter.
Surtout, ne rien laisser.

J'aime le peu, le presque rien, la page d'un livre, sans lien.
Comme un mur de papier tapissé de mots et de phrases à lire et à relire.
Rester là, sans lien, sans rien . . .

J'aime le bruit du peu, du peu de gens, le bruit du silence, le bruit du rien.

J'aime le peu, le rien, le peu de rien.

Et d'ailleurs, ça suffit, tous ces mots, pour ton anniversaire, c'est déjà trop.